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La surface était
non sens et sans objet…
gen.1.2

17.8. – 17.9.2017

lasurfaceflyer_3 13-Vernissage©AK 04-MAXXX©AK08-Fournier_Omlin©AK 01-Kuenstler©AK

Table ronde avec Philippe Sers, Vendredi 18.9.2017 IMG_5840-2

 

La surface était                                                                                            

non sens et sans objet

une ténèbre sur le devant de l’abîme

Et l’esprit vaguait

face au plan des fluides primordiaux

                                                          gen 1.2

 

[La surface] était : la terre, le terrain, le sol, la superficie ; pour un peintre, la surface préexiste        à l’image, physiquement en tant que support et         symboliquement en tant que lieu d’émergence          du sens devant l’abîme du réel.

[non sens et sans objet] : tohu bohu, chaos originel, potentiel latent. La      surface, vierge, pour   autant qu’elle soit gratifiée d’un regard, présente, dans le meilleur des cas, un haut et un bas,          une gauche et une droite ; mais il s’agit plus d’une projection de ce regard qui s’invite et            pose    ainsi les prémisses d’une image, que d’une orientation propre au plan.

[sans objet] : rappel du modernisme malévitchien : libération de la couleur, isolement des   éléments de langage, valeur sémaphorique de l’image, abstraction de la peinture hors de     l’illusion, vers l’être. Sur le modèle de la poésie zaum, transmentale.

[une ténèbre], au singulier, en particulier dans la genèse. Inconnaissance, chaos. Le support       vierge participe au sans objet, mais préexiste au geste de création dont il est distingué,      séparé.

Sur le devant de [l’abîme] : espace insondable, qui n’a pas de limites assignables

Et l’esprit [vaguait] : déambulait, sans but précis mais face au plan

[face au plan] : de l’importance de faire face au plan, pour le peintre comme  pour le          regardeur. Le plan introduit une coupure, une distance. C’est, au théâtre, la distanciation    brechtienne ; c’est, au cinéma, le dialogue hors champ de la nouvelle vague;  c’est une     distance qui permet à l’Etre d’advenir et qui résiste à ce que le réel  fusionne avec l’oeuvre.

[fluides primordiaux] : les eaux. Pour le peintre, les fluides sont les médiums, eau, huiles et            essences, qui transportent les couleurs du chaos vers l’image et permettent leurs dépôts au       gré de son travail.

Cette traduction libre du premier chapitre de la genèse, archétype de la création, place, par analogie, l’artiste et le spectateur dans une posture commune face au plan. Il fonde en ce sens toute relation de dialogue entre le regardeur et le plan.

Cette relation réflexive tend à l’épiphanie. Il s’agit d’une tradition d’accueil qui, en peinture, ressurgit parfois dans l’espace contemporain sans suivre pour autant de règles formelles spécifiques. Une attitude qui, de ce fait, est difficilement repérable. On peut, pour l’exemple, en citer quelques maîtres : Bram van Velde, Antonio Calderara, Roman Opalka, en Europe, Philip Guston, Agnès Martin ou John Cage aux Etats Unis. Ce travail du plan ne donne pas priorité à l’efficacité de l’image, ne cherche pas à séduire ni ne met en œuvre une dialectique critique, parfois même, il s’y oppose. Autrement dit, il ne s’inscrit pas dans une perspective de communication, ne cherche pas à convaincre et ne porte pas de discours critique. Il se résume à l’accueil d’une présence et nous est apparu comme un lien pouvant rassembler les artistes de cette exposition.

Philippe Deléglise, Vincent Fournier

Sierre, août 2017

Article JdS MAXXX aout 2017Article JdS MAXXX aout 2017